Deux commerçants haïtiens de Boston inculpés pour un système présumé de fraude de plus de 7 millions de dollars aux aides alimentaires…

Antonio Bonheur, propriétaire du magasin Jesula Variety Store, et Saul Alisme

BOSTON, mercredi 11 mars 2026 (RHINEWS)- Deux propriétaires d’épiceries de quartier à Boston d’origine haïtienne, dans l’État du Massachusetts, font face à des poursuites fédérales pour avoir prétendument organisé pendant plusieurs années un système illégal d’échange d’aides alimentaires contre de l’argent liquide, une pratique connue sous le nom de « trafic de prestations ». Les autorités estiment que ce dispositif aurait permis des remboursements frauduleux dépassant 7 millions de dollars.

Selon des documents judiciaires cités par le média américain People magazine, les procureurs fédéraux du Massachusetts ont inculpé Antonio Bonheur, propriétaire du magasin Jesula Variety Store, et Saul Alisme, exploitant du Saul Mache Mixe Store. Les deux établissements sont situés dans le même immeuble de Blue Hill Avenue, dans le quartier de Mattapan, un élément qui aurait contribué à révéler l’ampleur présumée de l’opération.

Les enquêteurs affirment que les deux commerçants échangeaient illégalement des prestations du Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) contre de l’argent liquide. Ce programme fédéral fournit des aides destinées à l’achat de nourriture pour les ménages à faible revenu, mais il interdit explicitement toute conversion des prestations en espèces.

L’enquête a été déclenchée après la détection de montants de remboursements SNAP inhabituellement élevés, jugés incompatibles avec la taille et l’équipement des commerces concernés. Selon un affidavit du bureau de l’inspecteur général du U.S. Department of Agriculture (USDA), le Jesula Variety Store, d’une superficie d’environ 150 pieds carrés, ne dispose ni de chariots ni de paniers d’achat, ni de scanners optiques ou de réfrigération, ce qui rendrait difficile la réalisation de volumes importants de ventes alimentaires légitimes.

Malgré ces limitations, les autorités affirment que ce magasin aurait encaissé plus de 6,9 millions de dollars en prestations SNAP entre 2021 et 2025, avec un nombre important de transactions supérieures à 150 dollars. À titre de comparaison, les épiceries de catégorie similaire situées dans le même code postal enregistreraient en moyenne environ 16 000 dollars de remboursements mensuels.

Le magasin Saul Mache Mixe Store, autorisé à accepter les paiements SNAP à partir de mai 2025, aurait présenté un schéma comparable à plus petite échelle. Les enquêteurs estiment qu’il aurait effectué plus de 121 000 dollars de transactions frauduleuses en quelques mois, malgré une offre alimentaire limitée.

Le dossier repose en grande partie sur des opérations sous couverture menées par des agents fédéraux entre juin et octobre 2025. Selon les documents judiciaires, des enquêteurs infiltrés auraient à plusieurs reprises échangé des prestations SNAP contre de l’argent liquide dans les deux magasins tout en achetant seulement de petites quantités de nourriture. Dans certains cas, les transactions auraient inclus des produits interdits par la réglementation du programme, notamment de l’alcool.

Lors d’une transaction citée dans la plainte, le 22 octobre 2025, Antonio Bonheur aurait échangé 140 dollars de prestations SNAP contre 100 dollars en espèces, tout en enregistrant l’achat d’une boisson alcoolisée. Dans une autre transaction, le 16 octobre 2025, Saul Alisme aurait converti 120,55 dollars de prestations en 100 dollars en liquide après la vente de petites quantités de farine et de produits alimentaires donnés.

Les enquêteurs ont également découvert dans les magasins des produits humanitaires appelés MannaPacks, fabriqués par l’organisation caritative Feed My Starving Children. Ces aliments, destinés à l’aide humanitaire à l’étranger, ne sont pas autorisés à la vente au détail aux États-Unis, ce qui a suscité de nouvelles suspicions.

Des images de vidéosurveillance auraient également renforcé les soupçons. Selon les enquêteurs, plusieurs clients auraient quitté les commerces sans sac ou avec de très petites quantités d’articles après avoir effectué des transactions SNAP de plusieurs centaines de dollars.

Antonio Bonheur est en outre accusé d’avoir lui-même demandé frauduleusement des prestations SNAP en 2022 en déclarant ne percevoir aucun revenu tout en omettant de mentionner qu’il possédait le Jesula Variety Store. Les autorités affirment qu’il aurait ensuite utilisé ces prestations presque exclusivement dans son propre commerce.

Les deux hommes sont pour l’instant inculpés d’un chef d’accusation de fraude aux coupons alimentaires portant sur des transactions comprises entre 100 et 5 000 dollars. Les enquêteurs précisent toutefois que ces accusations ne représenteraient qu’une partie des faits présumés décrits dans l’enquête.

L’affaire a été menée conjointement par le bureau de l’inspecteur général de l’USDA et le Federal Bureau of Investigation. Au moment de la publication, aucun des deux accusés n’avait encore plaidé coupable ou non coupable, et leurs avocats n’avaient pas été immédiatement identifiés. Le dossier reste en cours devant le tribunal fédéral du district du Massachusetts.