Crise énergétique mondiale : Haïti, le maillon faible du marché global…

Véhicule en train de faire le plein (image d’illustration)…

Par Jude Martinez Claircidor,

PORT-AU-PRINCE, jeudi 19 mars 2026 (RHINEWS)- Les ménages haïtiens établis aux États-Unis, qui constituent depuis des décennies le principal filet de sécurité économique pour leurs familles restées en Haïti, voient aujourd’hui leur rôle profondément fragilisé par la flambée des prix de l’énergie sur le sol américain. La montée rapide du coût de l’essence menace de réduire leur capacité à transférer des ressources vers Haïti, alors même que certains ménages américains commencent à ressentir les effets d’une inflation croissante.

La hausse du coût du pétrole tend à entraîner une augmentation généralisée des prix des autres biens et services, en particulier ceux du transport et des produits de première nécessité, ce qui affecte immédiatement la capacité des ménages à transférer des fonds.

En 2025, les remittances — ces transferts de fonds vitaux pour l’économie haïtienne — ont atteint près de cinq milliards de dollars, dont 60 à 70 % proviennent des États-Unis, soit environ 3 à 3,5 milliards de dollars annuels. Si la crise pétrolière se maintient, il est quasi certain que ces flux diminueront en 2026.

La contraction de ces transferts, conjuguée à la hausse des prix de l’énergie et des biens importés, menace de précipiter Haïti dans une crise sociale et économique d’une ampleur inédite, mettant en lumière la vulnérabilité structurelle d’un pays dont la survie dépend largement de flux extérieurs.

La flambée des prix de l’essence aux États-Unis, qui a franchi en quelques jours le seuil de 3,50 dollars le gallon pour s’approcher de 3,84 dollars, ne saurait être interprétée comme une simple variation conjoncturelle. Elle reflète au contraire un déséquilibre systémique du marché énergétique mondial, où se croisent tensions géopolitiques, interdépendances fragiles et vulnérabilités structurelles.

L’escalade du conflit au Moyen-Orient, impliquant Israël, l’Iran et les États-Unis, a brutalement rappelé la centralité stratégique du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle des flux pétroliers internationaux. La moindre perturbation de cette voie maritime engendre des effets en chaîne sur les prix, mettant en lumière la dépendance critique des économies contemporaines aux aléas de l’offre énergétique.

Un citoyen haïtien résidant en Floride rapporte qu’en certains points des États-Unis, le prix du gallon d’essence atteint désormais 6 dollars, tandis que le baril de pétrole, initialement coté à 100 dollars, s’établit à 130 dollars.

Il souligne que certains habitants de l’Ohio expriment leur exaspération face à la guerre menée par les États-Unis et contestent sa justification, affirmant qu’ils ne perçoivent pas l’intérêt stratégique de ce conflit.

Selon ce citoyen, ayant souhaité conserver l’anonymat, les fluctuations des prix risquent de se répercuter dans plusieurs régions du pays au cours des semaines à venir.

Cette situation met en lumière le décalage entre les promesses initiales du président Donald Trump — qui annonçait une guerre de deux semaines maximum avec l’Iran — et la réalité, désormais engagée dans sa quatrième semaine, exposant les fragilités économiques et la sensibilité sociale des populations locales.

La rapidité de cette hausse — près de 20 % en moins de deux semaines — illustre comment les marchés anticipent et amplifient les risques bien avant que les déséquilibres physiques ne se matérialisent.

L’énergie irrigue l’ensemble des secteurs productifs ; sa flambée agit comme un multiplicateur de coûts, alimentant des pressions inflationnistes diffusées à travers les chaînes économiques.

Aux États-Unis, elle pèse sur le pouvoir d’achat, ravive les tensions sociales et réintroduit la question énergétique au cœur du débat politique, tant elle conditionne la stabilité économique et électorale.

Pour Haïti, la combinaison de la dépendance énergétique, de l’importation massive de biens essentiels et de la contraction éventuelle des transferts de la diaspora constitue une vulnérabilité majeure.

L’augmentation du prix du carburant se traduit directement par une hausse des denrées alimentaires, du transport et des services de base, dans un pays où la majorité des ménages consacre déjà une part disproportionnée de ses revenus à la survie quotidienne.

L’effet cumulatif de ces chocs pourrait raviver la précarité et l’instabilité sociale, alors même que l’autorité de l’État est déjà fragilisée par la montée des violences et la fragmentation du territoire.

Dans ce contexte, réagir de manière ponctuelle aux crises apparaît insuffisant.

Le gouvernement dirigé par Alix Fils-Aimé, ainsi que l’ensemble des acteurs essentiels de la nation, doit réfléchir et saisir les nouvelles opportunités offertes pour élaborer une stratégie d’anticipation et de résilience.

La stabilité économique et sociale du pays repose sur leur capacité à prévoir les perturbations, sécuriser les chaînes d’approvisionnement, diversifier les partenaires commerciaux et renforcer les capacités de production nationale.

Il s’agit de transformer une dépendance structurelle en un projet stratégique de souveraineté économique, où la gouvernance proactive et la planification constituent les instruments majeurs de protection face aux chocs extérieurs et aux aléas du système mondial.

La flambée des prix de l’énergie aux États-Unis agit ainsi comme un révélateur des asymétries mondiales et des vulnérabilités internes d’Haïti.

Elle appelle une réflexion critique sur la manière dont les nations fragiles peuvent absorber les chocs exogènes, sécuriser leurs ressources vitales et protéger les populations les plus vulnérables, tout en inscrivant leur action dans une trajectoire de transformation durable et souveraine.

Dans un monde en recomposition, la capacité à anticiper et à planifier devient l’ultime garantie de stabilité et de résilience.

Cuba vit une crise énergétique sans précédent qui s’est aggravée au début de 2026, marquée par des pénuries aiguës de carburant et des coupures de courant régulières à l’échelle nationale.

Cette situation n’est pas un incident isolé, mais la conjonction de facteurs structurels et géopolitiques.

Dépendante depuis des décennies du pétrole importé — notamment du Venezuela — pour alimenter ses centrales thermiques et son économie, l’île se retrouve à court de carburant après l’effondrement des livraisons vénézuéliennes suite à la crise politique dans ce pays allié et à la pression accrue exercée par les États-Unis sur ses approvisionnements.

Cette pénurie est exacerbée par des infrastructures électriques vieillissantes et des centrales souvent en panne, qui ne parviennent plus à répondre à la demande.

Sur fond de blackouts étendus, la vie quotidienne est lourdement affectée, perturbant non seulement l’éclairage et les services publics mais aussi les transports, la collecte des déchets et l’approvisionnement en denrées essentielles.

Des témoignages récents décrivent des coupures de plusieurs heures, voire d’une journée entière, alors que la population fait face à une raréfaction du carburant pour les véhicules et les générateurs domestiques.

Les autorités cubaines pointent du doigt un blocus pétrolier de fait imposé par Washington, qui a interrompu les livraisons et limité l’accès à d’autres sources de carburant, aggravant les pénuries déjà sévères.

Ce contexte a poussé le gouvernement à adopter des mesures d’urgence pour rationner l’énergie et réduire la consommation, tout en explorant des alternatives telles que le solaire ou les importations limitées via des négociations internationales.

Cuba subit déjà les effets d’une crise énergétique dévastatrice, et Haïti risque d’être entraînée dans la même spirale.

Les nations de l’Amérique latine et des Caraïbes doivent tirer les leçons de ces chocs, adopter une approche géopolitique commune, anticiper les perturbations et renforcer leur autonomie énergétique pour préserver stabilité et résilience régionales.