RIO DE JANEIRO, mercredi 29 octobre 2025 (RHINEWS)- Environ 2 500 policiers et militaires brésiliens ont mené mardi une opération d’envergure contre un réseau de trafic de drogue à Rio de Janeiro, aboutissant à l’arrestation de 81 suspects et à des fusillades ayant fait au moins 64 morts — dont 60 présumés criminels et quatre policiers —, selon les autorités de l’État de Rio. L’intervention, appuyée par des hélicoptères et des blindés, visait le « Comando Vermelho » (Commandement rouge) dans les favelas de Complexo do Alemão et de Penha.
Le gouverneur de l’État, Cláudio Castro, a affirmé dans une vidéo publiée sur X que 60 suspects avaient été « neutralisés » lors de ce qu’il présente comme « la plus grande opération » de ce type dans l’histoire récente de la ville. Le gouvernement de l’État a précisé que 93 fusils et plus d’une demi-tonne de stupéfiants ont été saisis, indiquant que les personnes tuées avaient « résisté à l’action policière ». La police civile a confirmé la mort de quatre agents et dénoncé sur X des « attaques lâches » contre les forces de l’ordre, assurant qu’elles « ne resteront pas impunies ».
Des échanges de tirs soutenus ont été signalés dans les deux ensembles de favelas, où des colonnes de fumée ont été filmées et diffusées sur les réseaux sociaux. Par mesure de sécurité, 46 établissements scolaires des quartiers concernés sont restés fermés et l’Université fédérale de Rio de Janeiro a annulé ses cours du soir, demandant aux personnes présentes sur le campus de s’abriter. Des médias locaux ont rapporté des blocages de routes par des individus soupçonnés d’appartenir au gang ; l’organisation professionnelle Rio Ônibus a fait état d’au moins 70 bus réquisitionnés pour ériger ces barrages, causant d’importants dégâts.
L’opération est l’aboutissement d’une année d’enquête sur le groupe criminel, ont indiqué les forces de l’ordre. Le « Comando Vermelho », né dans les prisons de Rio, a étendu son influence dans plusieurs favelas ces dernières années. La ville reste marquée par des interventions policières meurtrières : 29 morts avaient été recensés en mars 2005 dans la Baixada Fluminense, et 28 en mai 2021 dans la favela de Jacarezinho.
La riposte sécuritaire a ravivé les critiques d’organisations de défense des droits humains. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’est dit « horrifié » par le bilan, appelant à des enquêtes effectives et rappelant « les obligations des autorités au regard du droit international des droits humains ». Pour César Muñoz, directeur de Human Rights Watch au Brésil, il s’agit d’« une immense tragédie » et d’« un désastre » : « Le parquet doit ouvrir ses propres enquêtes et clarifier les circonstances de chaque décès », a-t-il demandé. L’Institut Marielle Franco a dénoncé une « politique d’extermination qui transforme le quotidien des personnes noires et pauvres en roulette russe ».
Des spécialistes s’interrogent sur l’efficacité de ce type d’opérations. « Ce qui distingue l’intervention d’aujourd’hui, c’est l’ampleur des victimes. Ce sont des chiffres de guerre », a estimé le sociologue Luis Flávio Sapori (PUC Minas). Selon lui, ces raids « ne s’attaquent pas aux têtes pensantes » et « éliminent des exécutants vite remplacés » : « Il ne suffit pas d’entrer, d’échanger des tirs et de repartir. Il manque une stratégie à la politique de sécurité publique de Rio ».
L’épisode a aussi pris une tournure politique. Le gouverneur Castro, issu du Parti libéral d’opposition, a reproché au gouvernement fédéral de ne pas apporter un soutien suffisant contre le crime organisé, visant l’administration du président Luiz Inácio Lula da Silva. La députée Gleisi Hoffmann, cheffe de file du gouvernement au Parlement, a répondu en soulignant la nécessité d’une action coordonnée et a cité les récentes opérations fédérales contre le blanchiment d’argent comme preuve de l’engagement de Brasilia.
Le vice-président Geraldo Alckmin et plusieurs ministres se sont réunis dans l’après-midi pour évaluer la situation. Le chef de la Maison civile, Rui Costa, a convoqué une réunion d’urgence à Rio mercredi, en présence du ministre de la Justice Ricardo Lewandowski. Les autorités n’ont pas communiqué de bilan définitif des blessés et ont indiqué que les investigations se poursuivaient sur les circonstances des décès et les responsabilités pénales.

