WASHINGTON, mardi 22 juillet 2025 (RHINEWS) – En déplacement à Washington, Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), a entamé mardi une série de consultations diplomatiques avec les représentants des États membres de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) auprès de l’Organisation des États américains (OEA). Au cœur des discussions : l’effondrement de l’État haïtien, la montée en puissance des groupes armés et la dégradation généralisée des droits humains dans le pays.
Au cours de sa mission, M. Espérance prévoit également de rencontrer le secrétaire général de l’OEA, des responsables de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), des représentants de l’ONG Human Rights Watch, plusieurs membres du Congrès américain ainsi que des acteurs influents du Advocacy Group in DC. À chacune de ces rencontres, il entend dresser un état des lieux alarmant de la situation sécuritaire, marquée par des violences systémiques, des exécutions extrajudiciaires et l’impunité quasi totale dont jouissent les bandes criminelles.
Le directeur du RNDDH attire particulièrement l’attention sur les actions meurtrières des coalitions armées telles que Viv Ansanm et Gran Grif, qui imposent leur domination sur des zones entières de la capitale, du Plateau Central et du département de l’Artibonite, en ciblant la population civile et les infrastructures essentielles. Il plaide pour une assistance internationale renforcée afin de démanteler ces réseaux criminels et d’identifier leurs soutiens financiers et politiques.
Cette visite intervient alors que le Comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies, établi par la résolution 2653 (2022), a tenu lundi à New York une réunion à huis clos sur la mise en œuvre de l’embargo sur les armes à destination d’Haïti. Les experts de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) ainsi que de l’Agence de sécurité de la CARICOM (IMPACS) ont présenté des exposés techniques soulignant les lacunes persistantes dans le contrôle des flux illicites d’armes dans la région.
Le régime de sanctions de l’ONU, renouvelé en 2023 et 2024 (résolutions 2692 et 2743), vise à isoler les acteurs menaçant la paix et à freiner l’approvisionnement des gangs. Toutefois, selon un rapport accablant du Groupe d’experts transmis au Conseil de sécurité en juin dernier (S/2025/356), la mise en œuvre reste largement défaillante. Le rapport souligne que certaines autorités haïtiennes font preuve d’une « méconnaissance généralisée du régime de sanctions » et manifestent une « réticence » à les appliquer. L’embargo, dans les faits, reste largement contourné, en l’absence de moyens logistiques et humains suffisants pour en assurer le respect aux frontières.
Le cas de Prophane Victor (HTi.006), sanctionné pour ses liens directs avec des bandes opérant dans l’Artibonite, illustre les limites concrètes de ces mesures : trois de ses comptes bancaires ont été gelés tardivement pour un montant dérisoire, les fonds ayant vraisemblablement été déplacés en amont. À ce jour, seuls sept individus figurent sur la liste des sanctions ciblées, dont Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », leader notoire de Viv Ansanm, et Vitelhomme Innocent, toujours activement recherché.
Le rapport révèle également qu’aucune saisie officielle d’armes n’a été enregistrée en Haïti depuis août 2024, alors même que les cargaisons illicites se poursuivent. Seule la République dominicaine a répondu aux sollicitations du Groupe d’experts pour l’identification d’avoirs ou de déplacements transfrontaliers, affirmant n’avoir relevé aucune trace matérielle.
Sur le plan institutionnel, la crise reste profonde. La nomination d’Alix Didier Fils-Aimé à la tête du gouvernement en novembre 2024, à la suite de la destitution de Garry Conille, n’a pas permis de relancer la transition. Aucun progrès tangible n’a été enregistré depuis la mise en place du Conseil électoral provisoire en décembre 2024. Entre-temps, les gangs armés ont multiplié les offensives, contraignant à la fermeture prolongée de l’aéroport international de Port-au-Prince et à la destruction de plusieurs établissements de santé.
Dans ce contexte de chaos, Jimmy Chérizier a lancé une plateforme politique baptisée Viv Ansanm, dans ce que les experts décrivent comme une tentative de légitimation d’un groupe criminel sous couvert d’action politique. Cette stratégie, jugée cynique, vise à capitaliser sur le vide institutionnel pour accroître son influence.
Face à l’impasse, le Conseil présidentiel de transition a officiellement sollicité, en octobre 2024, la transformation de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya, en une véritable opération de maintien de la paix sous mandat onusien. Une mission d’évaluation a été dépêchée par le Conseil de sécurité, sans décision ferme à ce jour.
Pour Pierre Espérance, la mobilisation internationale reste indispensable. Il plaide pour un soutien accru aux forces haïtiennes de sécurité, une lutte coordonnée contre les circuits financiers des gangs, ainsi qu’une pression diplomatique soutenue sur les États et acteurs impliqués, directement ou indirectement, dans le chaos haïtien.

